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 La vérité est ... surfaite

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Veles Nixie



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MessageSujet: La vérité est ... surfaite   Dim 18 Déc - 23:58

La vérité est … surfaite.

La vérité est … subjective.

La vérité est … personnelle.

La vérité est … intérieure.

La vérité est un idéal inaccessible. Si un rêve, un mensonge, un délire, apparaît tangible au point de tromper tous les sens de celui le vivant, est-ce une expérience moins valable que le morne quotidien ? Une personne est-elle moins réelle parce qu’elle n’existe que dans un esprit dérangé ? Le passé, quand on ne s’en souvient pas, a-t-il vraiment un impact sur le présent ? Tout dépend de la conscience, non ?

Il était un voleur de grands chemins, membre d’une petite troupe de brigands avec un chef trop ambitieux. Un jour, une embuscade tourna au vinaigre…

Non, ce n’était pas ça.

Il était un respectable marchand, pas membre d’une élite mais loin de la pauvreté. Il fut enlevé contre une rançon, qui ne fut jamais payée par son ingrat de fils. À bout de patience, les mercenaires avaient fini par…

Non, ce n’était pas ça.

Un pieux prêtre qui cherchait une illumination afin de le confirmer dans sa voie. Il avait cherché refuge dans une retraite montagneuse et méditative. Accompagné de ses frères, ils vaquaient aux abords du domaine, quand une secousse terrifiante le fit tomber…

Non, ce n’était pas ça.

Ah oui, mais son arrivée sur l’île ?

Ah, ça… Ça aussi, c’était confus. Probablement en bateau, car c’était une île… Mais peut-être aussi porté par le vent des rêves d’une pucelle qui cherchait un bel amant. Ou peut-être était-il un indigène, s’il ne se souvenait comment il était arrivé ici ?

« Quelle importance ! L’important c’est que nous sommes ici, maintenant, non ? »

Sa phrase magique pour s’éclipser des questionnements.

Elle ne le protégeait pas des rêves étranges qu’il faisait. Dans ses rêves, il volait. Au-dessus d’une étendue d’eau infinie, ses muscles brûlaient sous l’effort, mais pourtant il ne voulait, il ne pouvait, il ne devait, s’arrêter. Il cherchait quelque chose. Il devait se rendre quelque part. L’empressement serre sa poitrine gracile, ses poumons cherchent l’air, ses mains se tendent pour attraper quelque chose…

Il se réveille toujours à ce moment, en sueurs, tâtant son dos à la recherche des muscles imaginaires, des ailes qu’il n’avait pas. Un rêve d’une autre vie.

Il faut nourrir le corps et occuper l’esprit. Si on ignore les problèmes assez longtemps, ils disparaissent, non ?

La réalité, voyez-vous, c’est qu’il était artisan de grand renom dans un coin perdu du continent. Si, si. Mais des circonstances fâcheuses et une femme acariâtre le poussèrent à partir. Ça expliquait la dextérité de ses mains. Pas que personne ne semblait avoir la moindre idée de qui était le jeune elfe à la peau d’ébène.

Non, ce n’était pas ça…
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Veles Nixie



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MessageSujet: Re: La vérité est ... surfaite   Lun 19 Déc - 19:20

Les lunes jumelles se pourchassent dans le ciel, leurs jeux de lumière éclairant la surface de l’eau d’un reflet iridescent. Il entend le ressac, il sent les embruns. Tout autour de lui, le monde semble aquatique et éthéré, effet secondaire des doubles pleines lunes sur la vision des pauvres créatures. Ça a quelque chose d’enivrant, comme un vin trop fort ou un parfum capiteux, cette orgie de clarté qui tombe en filaments et d’ombres déformées, trop longues, de choses disparues depuis longtemps.

Il entre dans la mer d’opale, la faiseuse de veuves, celle dont la beauté, par une double pleine lune, suffisait à briser les esprits en s’insérant dans les failles de l’âme. Un chœur l’accompagne, issu de son esprit ou du vent dans l’écume ou des créatures marines. L’eau est froide mais ses muscles hurlent et ses ailes s’affaissent sous leur nouveau poids, picotant de par le sel. Au coin de ses yeux, avant de s’enfoncer complètement, il aperçoit des petites créatures de lumière.

On croirait qu’il ferait sombre, sous l’eau, mais c’est faux. Cette nuit, ce l’est, en tout cas. La lune blanche et la lune bleue chantent leur amour des vagues et le paysage marin n’en prend que davantage une teinte verdâtre, diffuse. Les petites créatures sont plus nombreuses à présent, plus creux, alors qu’il s’efforce d’aller les rejoindre dans leur danse. L’eau s’assombrit à mesure que la sensation de calme silence tombe comme une roche en son âme. Il bat furieusement, frénétiquement, des pieds dans cette étendue qui s’épaissit lentement.




Il est empêtré dans les créatures de lumière, semblables à des fils. Il se débat, sans succès, mais pourtant ça ne suffit pas à lui enlever son sentiment d’euphorie. Si ce n’était de toute cette eau l’entourant, il s’esclafferait de leurs arabesques et de leurs formes, de la grâce de leurs mouvements étranges, du léger tintement qu’elles font.

Et tout finit par devenir noir.
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Veles Nixie



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MessageSujet: Re: La vérité est ... surfaite   Lun 9 Jan - 19:25

« Oh, par tous les dieux, c’est si affreux ! Tu dois être mort en dedans pour créer quelque chose d’aussi laid et rigoureux. Tu n’es vraiment qu’un Brise-Rêve !

Il n’y a que toi pour te soumettre à des règles aussi puériles… Nulle surprise que personne ne veuille jamais te commanditer.
Je t’avais prévenu, mais maintenant j’ai la preuve ultime que tu n’as aucun talent… Ramasse tes affaires et va-t’en, arrête de me faire perdre mon temps… J’ai gâché tant d’années à ta formation, Riselka Vodianyk, et c’est ainsi que tu me remercies ? En insultant tout ce à quoi la loge aspire ? Va-t’en, VA-T’EN !»

Sur la table, un plan. Un plan minutieux, détaillé, précis, aux angles faits à l’équerre. Tous les mécanismes fonctionnent et sont expliqués en détails, tout est calculé, dessiné, rapporté.

Et nulle part, il n’y est fait mention de magie. Pas de colonnes qui se tordent dans des angles impossibles, pas de pièces dont le volume intérieur dépasse le volume extérieur, pas de constructions qui ne pourraient, en toute logique, supporter leur propre poids.

Pas d’imagination, telle qu’on l’entend ici. On dirait presque l’exercice d’un démuni. Des larmes coulent le long de ses joues. Il avait tout misé sur ce plan. Tout.

Celle qui le réprimande ainsi, c’est la Contremaîtresse Piorun. C’est elle qui est chargée d’évaluer le talent des aspirants membres de la loge. Eh bien voilà, il n’avait plus à s’en faire. Il ne pourrait pas devenir artisan ici. Ou même ailleurs, aussi loin que l’influence de la Contremaîtresse se ferait sentir.

Il allait partir. Il ne voyait pas d’autres solutions. Il devait aller aussi loin qu’il le faudrait, pour que ses talents soient reconnus. Il devait traverser l’océan.

C’était une idée folle. Toute l’île était sous la juridiction de la loge. Toute. Chaque arbre, chaque roche, chaque brin d’herbe. Il ne pouvait pas récolter de matériaux sans se faire arrêter et interroger.

Il volerait. Son désespoir le persuadait que c’était la seule chose à faire.

Voler, aussi longtemps que ses ailes le lui permettraient, et espérer voir terre avant d’épuiser ses forces et se noyer.

Il vole, depuis longtemps, en ligne droite, autant qu’il puisse en juger. Il profite de tous les courants favorables, ménageant ses forces. Mais ses ailes commençaient à être lourdes et à picoter, et ses poumons lui brûlaient la poitrine. Bientôt, il fera nuit. Un îlot, un tronc d’arbre, un rocher, peu lui importait, il ne se sentait pas difficile. Une simple surface. C’est tout ce qu’il espérait.

Sa poitrine lui serrait un peu plus. Il ne faisait plus que planer, et à chaque fois il se rapprochait plus dangereusement de l’eau. Ses yeux, rendus hagards par la lumière des lunes jumelles, ne voyait pas de terre où il pourrait atterrir. Serait-ce de la lumière, au coin de son œil ? Vite, il essaye de l’attraper. Rien. Il a dû halluciner. Ce geste inutile suffit à gruger ses dernières forces.

Les lunes jumelles se pourchassent dans le ciel, leurs jeux de lumière éclairant la surface de l’eau d’un reflet iridescent. Il entend le ressac, il sent les embruns. Tout autour de lui, le monde semble aquatique et éthéré, effet secondaire des doubles pleines lunes sur la vision des pauvres créatures. Ça a quelque chose d’enivrant, comme un vin trop fort ou un parfum capiteux, cette orgie de clarté qui tombe en filaments et d’ombres déformées, trop longues, de choses disparues depuis longtemps.
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Veles Nixie



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MessageSujet: Re: La vérité est ... surfaite   Sam 14 Jan - 19:50

Il dort mal. Comme à presque chaque nuit, il fait un mauvais rêve. Une voix lointaine, qu’il ne reconnait pas, martèle :

« De déraison en désespoir mon cœur s’acharne;
Ta lumière n’a pas fini de m’atteindre. »


Il se voit ? Ou à tout le moins quelqu’un à la peau de pêche lui ressemblant grandement, assis sur un tronc tombé, à gratter les cordes d’un luth mal accordé. Une petite troupe s’active autour d’un camp, alors que son sosie continue de chanter des œuvres plaignardes ou paillardes, selon les demandes. Le soleil commence à se coucher et un grand balafré vient lui mettre une main sur la tête, pas sans affection.

« Laisse-moi parler, Vod’. Tu recommenceras à les faire pleurer avec ton atroce musique ensuite. »

C’était Bannik, le chef de la bande, figure paternelle pour tous les orphelins malchanceux à des lieues à la ronde. Oui, bien sûr, Bannik. Comment ne l’avait-il pas reconnu au début ?

« ‘coutez-bien, bande de faignasses. C’est demain que la carriole doit passer par cette route, et elle est pleine de p’tites pièces ! On s’ra riches, stupidement riches, mais juste si vous faites ce foutu bordel de barrage comme il se doit ! »

Oui, l’embuscade contre le charriot transportant les taxes. Le plan méticuleusement pensé, préparé de long en large. Un soldat un peu trop ivre avait laissé échapper la date. L’escorte réduite, planifié également grâce à un mauvais ragoût dans l’auberge de la veille. Une victoire facile.

Si tout allait bien.

La route de la forêt longeait le cap et la mer, après quelques méandres au creux des bois. Un tournant abrupt, d’ailleurs, était tout indiqué pour une embuscade. La bande le savait et s’était installée là. On avait éteint les feux, dissimulées les traces, tombé le tronc pourri qui bloquerait la route.

Il a l’impression d’avoir le cœur dans la gorge. C’est son ouïe qui est la plus fine, alors il est le premier à entendre le fracas des sabots ferrés sur la route de terre battue. Quelque chose cloche. Il… il y en a trop. Il essaye d’avertir Bannik, mais il est trop tard. Le grand gaillard balafré s’est déjà éloigné avec un groupe pour aller leur couper le chemin derrière. Son regard a quelque chose de fou, une lueur au fond d’eux. Ça n’augure pas bien…

Il entend des cris de douleur. Vesnik ? Mais il servait d’éclaireur de l’autre côté, pourquoi crierait-il ? Son esprit commence à paniquer et à imaginer le pire. Ce bruit… d’autres sabots, arrivant de l’autre côté..?!

C’est un carnage. Les adolescents tombent comme des mouches face aux soldats entraînés. Il n’y a pas de chariot. C’est une boucherie. L’odeur est horrible. Il a essayé de fuir de par la forêt, mais ils l’ont encerclé. Alors il s’est mis à grimper dans un immense arbre. Ils ricanent en bas, entassant du bois autour de la base. Il n’a pas remarqué que c’était un arbre mort et sec, prêt à s’enflammer à la moindre étincelle. C’est trop tard.
Il ne veut pas mourir brûlé. Il préfère mourir démantibulé. Il s’élance de l’arbre, se préparant à tomber longuement.

Ses instincts l’emportent. Les réflexes d’une autre vie, d’une vieille âme, la mémoire musculaire, les canaux semi-circulaires de l’oreille interne. Sous leurs yeux incrédules, sa forme change, l’illusion prend fin, les membres fins prennent une position aérodynamique, les ailes sortent de leur torpeur pour prendre leur pleine envergure.

Il ne comprend pas. Il plane vers le cap, battant parfois des ailes, cherchant à fuir le plus vite possible. Il les entend derrière lui, ils respirent fort mais ils traversent les bois pour capturer l’étrange créature. Ça vaudra sûrement un petit pactole, peu importe ce que c’est …

La mer, enfin ! Revigoré, il se met à battre des ailes de plus bel, voulant mettre la plus grande entre eux et lui.

Il n’a pas pensé. Il a volé en ligne droite, et ses forces sont épuisées. Ses ailes brûlent, ses poumons brûlent, il a de la difficulté à garder les yeux ouverts. La lune reflète sur quelque chose, au loin. Un dernier effort, c’est peut-être une surface sur laquelle il pourra se poser. C’est un tronc ! Il se sent faiblir avant de pouvoir l’atteindre…

La lune solitaire parcourt le ciel, ses jeux de lumière éclairant la surface de l’eau d’un reflet iridescent. Il entend le ressac, il sent les embruns. Tout autour de lui, le monde semble aquatique et éthéré, effet secondaire de la pleine lune sur la vision des pauvres créatures. Ça a quelque chose d’enivrant, comme un vin trop fort ou un parfum capiteux, cette orgie de clarté qui tombe en filaments et d’ombres déformées, trop longues, de choses disparues depuis longtemps.

Oui, c’est une lumière qu’il connait… c’est la lumière qui n’a pas fini de l’atteindre… c’est la lumière même de son âme volatile…
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Veles Nixie



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MessageSujet: Re: La vérité est ... surfaite   Lun 16 Jan - 2:52

Une autre nuit. Il a les sens engourdis par l’alcool et il espère bien que cela suffira à lui donner un sommeil sans rêves. Il aurait dû se douter que ça ne changerait rien, depuis le temps. À peine ses yeux sont-ils fermés qu’il commence à s’agiter et à geindre un peu.

C’est un village portuaire. Des gens qu’il ne reconnait pas s’affairent, les pêcheurs débarquant les prises du jour, les veuves raccommodant les nœuds des filets de pêche, les enfants courant de-ci de-là. Les étals sont bien garnis et la place du marché, qui donne sur les quais, bourdonne de langues variées et d’accents horribles.

Son propre étal, qu’il tient avec son fils, a une taille plus que respectable. Il est bien installé et s’est même fait approcher pour rejoindre le conseil marchand. C’est un grand honneur, considérant qu’il n’est pas natif d’ici. C’est une reconnaissance du fleurissement de son commerce, de la fiabilité de ses biens. Et la famille de sa femme n’y est probablement pas pour rien, mais bon, il ne fallait pas trop se pencher là-dessus.

Son fils, par contre, est un peu une... déception. Il n’a pas la tête pour les nombres, n’écoute jamais quand on lui prodigue conseil et est malpoli avec les clients. Il essaye d’adoucir le tout en offrant des rabais ou des aubaines, mais vraiment, il se demande bien comment il pourra lui léguer un jour son échoppe. Mais sa femme l’adore et refuse de voir ses défauts, alors…

C’est une belle journée. Il chasse ces pensées de sa tête, pour ne pas la gâcher. Il place sa lourde cape sur ses épaules et se dirige vers le port. Il a une cargaison qui doit prendre la mer aujourd’hui et il a coutume de regarder le bateau partir, vieille superstition.

Sa cape a dû le trahir, ou la bonne coupe de ses vêtements, ou alors il est victime de sa propre réputation et de son succès. C’est la seule conclusion à laquelle il arrive, ligoté, avec une bosse de la grosseur d’un œuf de caille sur la tempe. Oh, misère, s’il bouge un peu trop la tête, il a l’impression qu’il va vomir. La pièce mal éclairée tangue, en plus, et il n’est pas certain si ça provient du roulis de la mer ou de son crâne mis à mal.

On le réveille en le secouant brusquement. Il laisse échapper un gémissement de douleur, et on le gifle pour cela. On l’informe, dans un dialecte de la langue archaïque des peuplades, que son fils n’a toujours pas payé la rançon demandée. Il réussit à répondre, avec une articulation laborieuse, qu’on devrait plutôt passer par sa femme. On lui répond que c’est impossible, puisqu’elle est sur un autre bateau. Sa famille a répondu plus promptement par contre, et le butin est en route. Mais ils n’ont pas voulu payer pour lui, pour le talentueux Vodian, qui devait bien avoir, dans ses coffres, de quoi payer sa propre rançon !

Il a perdu toute notion du temps. Il s’est qu’il a maigri et que la bande s’impatiente. À demi-mots, ils discutent de le jeter par-dessus bord. Ceux qui étaient contre l’idée au début commencent à s’y rallier. Pourquoi, ô pourquoi son fils ou sa femme ne le délivraient-ils pas ? La somme demandée était énorme, oui, mais rien qu’il ne pourrait pas regagner en une saison…

La nuit est tombée. La pleine lune a entamé sa danse dans le ciel et les vagues ont un reflet iridescent qui suffirait à étreindre n’importe quelle âme. On ricane et on l’insulte, le marchand dorénavant émacié qu’on s’apprête à balancer par-dessus bord. On l’a même détaché, tellement il est inoffensif. Il ne voit pas la terre, même en regardant au plus loin qu’il peut. Sa paix est faite, il a seulement peur que l’eau soit glacée. Il est douillet, après tout, et craint davantage d’avoir mal que de mourir.

On le lance par-dessus bord. Instinctivement, son corps réagit et se transforme, effeuillant l’illusion, revêtant sa forme première. La panique est semée à bord du navire, on crie au sorcier, on crie au malheur, on crie aux esprits du vent, on crie aux démons. On essaye de l’atteindre avec des projectiles divers, profitant de la lumière éclatante de la pleine lune. Il bat des ailes et fuit, fuit, fuit.

Spoiler:
 
Il vole vite, et loin, ivre de la liberté et des rayons de l'astre nocturne. Il a bien vite oublié ses poursuivants, dans l'euphorie du moment. Il ne porte pas attention à ses forces défaillantes. Il y va d'arabesques et de tonneaux, de montée en flèche et de piqués vertigineux. Son rire cristallin rebondit sur la surface des vagues, jusqu'à atteindre le ciel même. Dans l'étourdissement du moment, il aperçoit du coin de l'oeil quelque chose qui scintille. Il s'élance pour le pourchasser, mais bien vite la créature est absorbée par l'écume des vagues. Il en voit une autre et cette fois-ci, il plonge pour l'attraper.

La lune solitaire parcourt le ciel, ses jeux de lumière éclairant la surface de l’eau d’un reflet iridescent. Il entend le ressac, il sent les embruns. Tout autour de lui, le monde semble aquatique et éthéré, effet secondaire de la pleine lune sur la vision des pauvres créatures. Ça a quelque chose d’enivrant, comme un vin trop fort ou un parfum capiteux, cette orgie de clarté qui tombe en filaments et d’ombres déformées, trop longues, de choses disparues depuis longtemps…

Il se réveille. Il porte sa main à sa joue, sans comprendre. Elle est humide. Et son dos, toujours aussi exempt d’ailes, malgré les rêves si poignants qu’il fait. Il pleure, sans savoir pourquoi.
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Veles Nixie



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MessageSujet: Re: La vérité est ... surfaite   Dim 22 Jan - 10:39

De jais, son plumage, et de jais, ses billes aussi, malgré un reflet de sanguine. D’ébène sa vieille âme, qui s’anime lorsqu’elle parle d’un temps jadis, où tout était plus simple, alors qu’elle était chasseresse. Et de son œil intérieur, il voit si bien sa forme d’antan, la pleine grâce de l’ancienne bête. Les puissantes ailes, les serres acérées, le bec ravageur.

Il voit la nuée qui s’élance et qui fond sur une proie, comme un seul être. Ils noircissent le ciel, nuage plus sombre que la nuit même, cachant la lune (ou les lunes ... ? Il ne sait plus. Il est tellement confus, spectateur externe mais peu discret, il le sent). Ils s’ébattent entre les branches, se pourchassant, railleurs, libres. Et quand une proie a le malheur d’attirer leur attention…

Il fuit, de toute la force de ses lestes ailes, suivant les courants, se laissant tomber parfois pour mieux attraper un courant ascendant, faisant piqués, volte-face, s’insérant entre deux racines trop proches pour mieux ressortir d’un élan de l’autre côté, fuyant, fuyant, à bout de souffle, voulant sortir du couvert de la forêt, vers la relative sécurité des vagues qu’il n’aurait jamais dû quitter…

C’est à tout cela et plus encore qu’il rêve, agité. Il s’éveille en sueurs, en panique, avant qu’un bec se referme sur lui, avant d’atteindre la lisière, avant d’atteindre la mer, avant de se noyer, encore une fois. Ça ne lui arrive jamais. Sa seule porte de sortie, c’est encore et toujours la noyade, c’est l’euphorie de l’eau salée dans ses poumons, les lueurs de ce qu’il en est venu à supposer être le Voile, épais au fond des eaux..? Il ne se réveille jamais durant la poursuite. Jamais.

Il est plus troublé que s’il avait fait un cauchemar habituel…
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Veles Nixie



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MessageSujet: Re: La vérité est ... surfaite   Sam 11 Fév - 0:00

Ciel et mer sont un reflet l’un de l’autre, toujours similaires, toujours séparés, voués à ne jamais interagir l’un avec l’autre bien longtemps. Mutuellement proies, mutuellement prédateurs. Chacun a ses propres lueurs pour l’illuminer durant les nuits noires, chacun a ses acrobates qui s’ébattent dans toute la liberté des trois dimensions. Et rien ne ressemble davantage à un endroit dans les nuages qu’un autre endroit dans les nuages, tout comme rien ne ressemble davantage à un fond marin qu’un autre fond marin.

La mer, fusse-t-elle calme ou déchaînée, docile ou imprévisible, a aussi son lot d’inchangeables. L’eau est toujours salée, dans l’océan. L’eau a toujours la même température, dans l’océan. Le temps est insignifiant, dans l’océan. Tout ce qui s’y retrouve semble avoir été là depuis toujours, depuis l’apparition même de leur espèce. Ils ne naissent pas de reproduction sexuée ou des concombres de mer, ils sont idées matérialisées, principes incarnés et ils ont toujours été. Ils sont aussi différents que les aspects de la Grande Séductrice, de la Traîtresse Amante, de la Faiseuse de Veuves, de la Mère Universelle, de la Compagne du Blanc Seigneur. Ils existent parce qu’Elle existe, dans toutes les facettes de Sa personne. Insensibles à la durée, ils existent, métamorphes, ils vaquent à leurs occupations, accomplissent leur office.

Comme ce qu’il fait, présentement, assis sur un rocher, les pieds blancs dans l’eau du lac, à brosser ses longs cheveux verts avec un peigne d’ivoire, absorbé, captivé par son reflet. C’est une compulsion qu’ils ont parfois, lorsque le temps se fait brumeux près d’une mare, de traverser, de profiter du moment, de la fraîcheur de l’air. Et c’est ce qu’il a fait, parce qu’il est un être qui suit ses instincts, alors il brosse ses cheveux mouillés avec un peigne, ses yeux complètement verts, sans pupilles ou iris, verts comme les fonds marins, captivés par son reflet. C’est l’apparence qu’ils revêtent, instinctivement, lorsqu’ils traversent. C’est l’apparence qu’ils doivent avoir, de ce côté-ci, pour accomplir Ses desseins.

Et toujours, systématiquement, immanquablement, malgré le brouillard, malgré l’éloignement de l’étendue d’eau, toujours, toujours, quelqu’un passe et les voit. Des personnes seules, parfois. Des groupes, parfois. Mais toujours des individus du même sexe, quand il s’agit d’un groupe, c’est ce qu’il a fini par remarquer à la longue. Les mâles et les femelles s’habillent différemment, ont une pilosité différente. Il y a un adage, ou une superstition, les concernant, et concernant ceux qu’ils croisent. S’ils sont assez téméraires pour les approcher, malgré l’adage, malgré les superstitions, malgré tout ce que leur instinct leur crie, ils sont leurs. Ils les entraînent et les noient, ou autre fantaisie qui leur prend. Ceux qui périssent ainsi sont ceux qui n’ont pas compris, et ils le payent de leur vie.

Alors de temps à autre, il traverse à la surface, charmante créature au-delà des mots, vêtue d’une peau de nacre et de longs cheveux dont la couleur n’égale que celle de ses globes oculaires, androgyne, nu, imberbe, doté seulement d’un peigne qu’il a chapardé il y a … longtemps, il croit, même si ce mot a peu de sens pour lui. Il observe les animaux, quand il y en a, et il en est fasciné et horrifié de ce qu’ils soient si bien adaptés à la vie hors de l’eau, cette atrocité impensable qu’est l’existence en dehors du sein nourricier. Rien ne l’interpelle autant que les êtres volants, grands ou petits, qui se déplacent dans ce medium si mince, si intangible comparé à la lourdeur réconfortante de l’eau. Et il attend ainsi, prédateur embusqué mais pourtant bien visible.

Ils sont la faction des Rusalki et il est le Rusalka Vodianyk. De tous les siens, il est celui avec lequel le plus de gens ont succombé, se sont détournés du chemin qui se traçait devant eux, captivés par quelque chose en lui, qu’il manifeste plus clairement que les autres. C’est pour cela aussi qu’il fait partie du contingent des ondins, les lueurs dansantes au fond de la mer, ceux qui démontrent le plus la cruauté joueuse de la Dame. Ceux qui attirent les plongeurs imprudents jusqu’à l’asphyxie avant de se régaler de leurs chairs, ceux qui narguent les navires en se faisant passer pour des dauphins ou pour l’ombre inquiétante qui effraie le banc de poisson.

C’est ce qu’il était, et bien plus, avant sa traversée involontaire et forcée, avant de suffoquer sur une berge inconnue et hostile, dans un corps aliénant, si stable comparé à tout ce qu’il avait été, si limité dans son potentiel, si… matériel. Un corps… terrestre, aérien, si loin, si douloureusement loin de la vie aquatique. Et pire que tout, le vide en lui, où autrefois il avait perçu les désirs et inclinaisons de la Grande Dame, l’absence totale de réponse quand il essaie de sonder l’océan de son âme, quand il questionne les embruns et le ressac. Il n’est plus dans l’Océan Universel, il est de l’autre côté, du mauvais côté, avec la mauvaise apparence, sans l’aval de la Grande Dame, et il ne peut rien faire.

Les années passent. Oui, il a compris le concept d’années, et de saisons, et de jour et jusqu’à un point, du temps qui passe. C’est un enfant qui l’a trouvé, initialement (ça aussi, un nouveau concept, qui vient de pair avec le vieillissement et la mortalité). Il a tellement eu peur pour sa vie qu’il a fui dans les bois, voletant sans même comprendre pourquoi ou comment. Une fois calmé, par contre, son corps prit des dimensions plus respectables et les ailes s’affaissèrent dans le néant. Il n’était pas complètement dépourvu de pouvoir, alors, si son corps pouvait encore changer ainsi… ? Peut-être y avait-il un espoir..?

Non. C’est ce qu’il comprit à la longue, avec son corps qui ne vieillissait pas. Une petite forme ailée, une forme de grandeur humaine qui ressemblait à un elfe, une fâcheuse tendance à changer de pigmentation dans les moments les plus inopportuns, voilà, voilà l’étendue de ce qu’il lui restait. De ce qu’il restait du Rusalka Vodianyk en territoire hostile. Le premier et dernier trait avaient tendance à rendre les gens apeurés et agressifs et à faire en sorte qu’ils le pourchassent, alors il fit de son mieux pour les contrôler, jusqu’à même oublier leur existence des décennies durant. Il vivait un mensonge, il vivait une vie par-ci, une vie par-là. Une trentaine d’années, une quarantaine d’années. C’était souvent le temps que prenait une situation pour tourner au vinaigre, pour faire en sorte qu’il doive fuir, fuir, fuir, et quand il abandonnait toute inhibition pour sauver sa vie, il fuyait en volant pour rejoindre la mer, même s’il savait qu’elle le rejetterait, qu’elle demeurerait sourde à ses appels, à ses cris, à son désespoir.

Alors un beau jour, quelques siècles après sa traversée catastrophique, il prit les choses en main. Il commit l’irréparable, de déraison et de désespoir. Avec une dague, il se poignarda le dos, encore et encore, à la hauteur des omoplates, avec hargne, avec terreur, avec douleur, jusqu’à ce que les muscles reliant ses ailes soient sectionnés, jusqu’à ce que les os détachent et tombent, jusqu’à ce que tendons et filaments pendouillent. Ce n’était pas un joli travail, ce n’était pas bien fait, c’était une boucherie et il faillit y rester. Il s’en remit plutôt, avec un amas de chairs cicatricielles couvrant chacune de ses omoplates, un peu moins visibles dans sa forme humanoïde. C’est là qu’il se mit à boire et que sa coloration se fixa, noire comme la nuit où il avait perpétré l’outrage.
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Veles Nixie



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MessageSujet: Re: La vérité est ... surfaite   Dim 19 Mar - 14:02

"Un homme voit une riselka : sa vie bifurquera;
Deux hommes voient une riselka : un mourra;
Trois hommes voient une riselka: un sera exaucé, un bifurquera, un mourra.

Une femme voit une riselka : sa voie s'éclaircira;
Deux femmes voient une riselka : une portera un enfant;
Trois femmes voient une riselka : une sera exaucée, une s'éclaircira, une portera un enfant."°


Ou à tout le moins, c'est ainsi que la superstition allait, dans les villages près des mares où ces créatures étaient parfois aperçues. Et Selma n'y avait jamais vraiment cru, jusqu'à ce qu'elle en croise une. Elles étaient parties cueillir des petits fruits avec l'aube, Ezaielle, Bramina et elle. Elles s'étaient fait surprendre par le brouillard, perdant peut-être leur chemin dans cette purée de pois, débouchant sur une petite étendue d'eau claire. Étonnament, l'air était limpide ici, et bien en évidence se trouvait une créature à la peau de nacre et aux cheveux verts, perchée sur un rocher gris.

Toutes les trois l'avait vu, la riselka qui peignait ses cheveux, et maintenant elle avait peur.


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La vérité est ... surfaite
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