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 La Longue Agonie [Ouvert, sur demande]

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Francis Sawyer, Ansgar

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MessageSujet: La Longue Agonie [Ouvert, sur demande]   Sam 28 Nov - 23:52


J'ai dit que je ne ferais pas un pirate... Hé bien, j'ai menti. C'est ce que font les pirates, ils mentent. Je vous le dis, ne croyez jamais un pirate.
grmblmmbl:
 

Impact de cette histoire sur les connaissances générales : Les gens de Baie-aux-Requins ont sûrement entendu parler des exploits de piraterie du capitaine Francis "Frank" Sawyer, et de son navire la Longue Agonie. Ni le capitaine, ni le navire et son équipage n'auraient été revus depuis dix ans. Sa popularité et son renom peut très bien s'étendre au-delà

LA LONGUE AGONIE



PROLOGUE






L'une des tavernes de la Baie-aux-Requins était particulièrement agitée ce soir-là. L'alcool ne manquait pas; le tenancier y veillait consciencieusement. Marins, malfrats, fripouilles, pirates, flibustiers, proxénètes, poudriers, tueurs, écumeurs de toutes sortes s'y rassemblaient à chaque soir, et jours après jours, racontaient leurs exploits, qu'ils fussent réels ou fictifs, et personne ne leur tenait rigueur pour toutes les atrocités dont ils s'accordaient le crédit.

À l'une des tables, un gaillard à la bonne panse et à la voix portante s'acharnait à conter son récit à qui voulait ou prenait la peine de l'entendre :

- C'est pas des cracs, disait le gros, j'ai été marin à bord de la Longue Agonie... Ça doit bien faire dix ans de ça!
- Arrête de me pisser dans l'dos en prétendant qu'il pleut, Gros-Gras, lui lança un marin noir, chauve et musculeux, dont le haut du corps n'était couvert que d'un gilet sans manches, laissant, ou plutôt faisant voir ses biceps qu'il bandait à outrance, par habitude. La Longue Agonie, personne n'en a plus entendu parler depuis longtemps! Yarr! Si ça se trouve, elle doit avoir coulé, et son équipage avec!
- Aye! Puisque je te dis, P'tit-gars - les yeux du noir musclé s'étrécirent ; Estan détestait ce surnom qui, tellement à l'opposé de l'image qu'il dégageait, tentait de lui amputer de sa prestance et de son importance - J'ai été de l'équipage, sous les ordres directs du Capitaine Sawyer, har! Je l'ai vu de mes propres yeux lancer l'assaut à des dizaines de navires, et je me suis battu sous ses ordres, avec lui!
- Pfffttttt...! T'essaies encore de m'enculer avec tes histoires à dormir debout! Frank Sawyer n'aurait jamais pris un type comme toi sous ses ordres... Regarde-toi, yarr! T'es tellement gras que tu débordes des deux côtés de ta chaise! Har, har, har!

Et comme souvent dans l'établissement, l'étincelle fit exploser la poudre, et la table se retourna, entraînant tout ce qu'il y avait sur icelle sur le plancher déjà crasseux, dans un fracas de tous les diables. Gros-Gras s'élançait malhabilement sur P'tit-gars-Estan, qui lui esquivait la charge et profitait de l'élan de son antagoniste pour lui distribuer un coup de poing en plein dans les valseuses. Gros-Gras ploya des genoux, et toute sa masse tomba - ou s'échoua - sur le sol. Les camarades de ce dernier se ruèrent sur le noir, et les compagnons de P'tit-gars eurent tôt fait de se joindre eux aussi à la partie.

À une table plus isolée, un quinquagénaire discret détourna le regard. Il était habitué à ces rixes quotidiennes, et n'en était plus enchanté le moins du monde. Il tira plutôt une lampée de son verre de bière en regardant par la fenêtre, vers le port et l'océan, où ses pensées, ses souvenirs et ses aspirations naviguaient à bord d'un navire en bois d'ébène, son unique passion et sa raison d'être : la Longue Agonie.



CHAPITRE UN





Le Vieux capitaine


Le quinquagénaire souriait avec mélancolie, dans le tumulte de la taverne. Son visage émacié était mangé par une épaisse barbe grisonnante, grasse et irrégulière, et ses yeux d'un bleu clair teintaient à présent sur le gris. Francis Sawyer était revenu à la Baie-aux-Requins depuis quelques semaines, mais sans ses vêtements d’apparats, son tricorne emblématique et avec dix ans de plus que la dernière fois qu'il y était venu, personne ne l'avait reconnu. Et il se gardait bien de dire qui il était ; on le croyait au fond de la mer, et son navire avec lui, et il n'y avait aucune raison pour que cela change. Pas pour l'instant du moins.

Il chassa ses pensées d'une nouvelle gorgée, terminant ainsi son verre d'une courte traite, puis alla se coucher à une chambre de l'auberge qu'il louait sous le nom de Hugo Dumas. Demain, il trouverait un bâtiment qui l'amènerait à Menoch. Demain, il quitterait la Baie-aux-Requins. Demain, son aventure reprendrait où elle s'était arrêtée il y a dix ans.

Il dormit très bien, cette nuit-là. Ses rêves s'apparentaient davantage à des souvenirs. Il était debout, son long corps élancé était chaussé de ses bottes hautes à généreuses talonnettes, roulées avec minutie juste sous le genou, sur lesquelles tombait un long manteau acajou orné de fils d'or et la pointe d'un coutelas richement ouvragé, un véritable travail d'orfèvre. L'épée elle-même pendait à un baudrier de cuir blanc simple, mais d'une qualité peu commune, et sur sa tête reposait le symbole suprême de son autorité, son tricorne aux armes du Jolly Roger. Il était sur le pont de la Longue Agonie, son front tourmenté avait perdu ses rides, et sa barbe grise hirsute était à nouveau noire et taillée, laissant bien paraître son sourire, encore plus affûté que son coutelas. Il dégageait une aura malsaine, palpable. Au premier coup d'oeil, on voyait en l'homme toutes les souffrances qu'il avait infligées au monde. Cette nuit-là, Hugo Dumas était à nouveau le capitaine Frank Sawyer, l'impitoyable gentleman pirate.

Au matin, n'ayant rien perdu de ses résolutions de la veille, Dumas se dirigea vers le port d'un pas assuré, une bourse rondelette cachée dans ses haillons lui assurant la route jusqu'à Menoch. C'était là que toutes les pistes pointaient. Là, il tenterait de découvrir où était la Longue Agonie et qui la lui avait ravie. À la pensée seule de trouver l'opportuniste responsable de ses malheurs, le vieil homme serra le pommeau de la dague qu'il cachait sous ses hardes, un sourire malicieux se dessinant sur son visage barbu. Il irait jusqu'au bout ; au coût de moult sacrifices, son âme était propre à nouveau, sauf-conduit obligatoire pour se rendre à Menoch ou à tout endroit civilisé. Mais il n'avait rien perdu de son instinct. Un tueur reste un tueur, peu importe la couleur de son âme.

C'est donc l'esprit à la vengeance que celui qui se faisait à présent appeler Dumas monta sans difficultés à bord d'un navire aux allures convenables, où il fut logé confortablement grâce aux pièces d'or qu'il allongea habilement au capitaine. Il serait à Menoch bientôt, et là, il mènerait son enquête.


Dernière édition par Francis Sawyer, Ansgar le Mar 15 Déc - 11:33, édité 8 fois
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Charlotte Sawyer

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MessageSujet: Re: La Longue Agonie [Ouvert, sur demande]   Dim 29 Nov - 3:22

CHAPITRE DEUX
Qui sème le vent récolte la tempête


Partie I : L'Ensemencement
Quelque part dans les méandres labyrinthiques de Baie-aux-Requins, un couteau se planta dans le bois d'un sol usé.  Tout près du couteau - beaucoup trop près, par ailleurs - se tenait une femme aux cheveux bouclées et au front couvert de ridules.  Bientôt, sa main rejoigna le couteau, et le couteau rejoigna les entrailles d'un malotru.  Lorsque le couteau s'affaissa avec son nouveau propriétaire, un petit cri de victoire s'éleva de l'étage.  La femme leva la tête vers son plafond, le souffle court dû à l'adrénaline, et croqua un sourire à l'intention de ce trou entre deux planches, tout juste assez large pour laisser choir un couteau et tout juste assez large pour faire paraître cet oeil bleuté, brillant, qui l'encourageait de petits cris enfantins.

Après quelques bruits de pas rapides dans l'escalier, le couteau regagna la poche de l'enfant, après qu'il eut été essuyé sur un revers chandail, ajoutant le sang de l'inconnu à la boue et aux résidus alimentaires. Le mioche s'assura qu'il était bien placé de quelques petites tapes pseudo-connaisseuse, puis couru s'engloutir dans les bras de sa mère, qui l'étreigna d'un bras.

— Penses-tu qu'il a des écus dans ses poches, le monsieur, maman ?

Encouragé par le sourire de la femme, l'enfant s'extirpa de son étreinte et entrepris de farfouiller le cadavre de ses petites mains.  Farfouillant poches, revers de manteaux et fonds de manches. Une trentaine d'écus et une bouteille d'alcool furent ainsi extirpées.  Le petit trésor fut rassemblé sur la table de la salle à manger, puis attentivement compté, pièce à pièce.

Le trésor trôna sur la table durant plusieurs semaines.  Il fut renfloué.  Les couteaux tombaient souvent du plafond, dans cette maison-là, quand la porte s'ouvrait en fracas sur un étranger saoul aux intentions douteuses.  Puis tandis que le trésor augmentait tranquillement, la porte s'ouvrit à nouveau, sans fracas.  Cette fois-ci, elle se referma même, puis s'ouvrit encore, comme si son état pitoyable rendait son utilisateur dubitatif.

— Encore...?
— PAPA !  Regarde mon trésor, he !  Il est gros, hen ?  Plus que le tien, hen ? H'eh ! Un jour j'en aurai un deux fois plus gros que le tien, je le dis !  Mais je te le donnerai, on partagera, je te le dis.  Parce que je t'aime bien, même si t'es pas là souvent.  Tu pourrais être là plus souvent, tu sais, je...

Et tandis que père et mère s'étreignaient, la petite âme tournoyait autour d'eux en jacassant, présentant un jouet après l'autre en tiraillant les manches de ses parents.  Au final, on fit taire ses infinis monologues en lui écrasant le chapeau sur-dimensionné du Capitaine Sawyer sur le crâne, qui fut relevé avec deux yeux brillants et admiratifs.
Partie II : Les premiers vents
La vie était aussi tranquille qu'elle pouvait l'être dans ce trou de l'humanité.  Entre vols, bagarres et initiations à d'autres techniques plus ou moins douteuses, l'enfance faisait son petit bonhomme de chemin.  D'un côté on lui apprenait à manier un peu de tout, d'un autre à voler ça et ça et, plus souvent qu'autrement, à tenir le rôle qui lui était dû.  Les rôles.  Les responsabilités.  Les obligations. Ah !  Les conneries !  Tout était rejeté d'un vaste et colérique mouvement de bras, à tout coup.  Intenable, le sang bouillonnant dans ses veines, ses yeux dévisageaient l'Horizon avec la hâte et l'espoir insatisfait d'y voir les voiles du pavillon paternel.

Mais elles ne se pointaient pas.  Elles ne se pointaient plus.  On chuchotait qu'il était mort, lui et son équipage.  On chuchotait qu'il s'en avait pas tiré.  Pourtant, les affiches continuaient à se promener, et les récits à aller de bons trains.  La conviction que le Sawyer était toujours vivant ne quittait pas son crâne et, pourtant, il ne revenait pas.  Aussi, tranquillement, de jours en jours et de semaines en semaines, l'inévitable idée se fraya un chemin.

S'il ne venait pas, il fallait aller à lui.  Embrasser son chemin à lui, sa liberté à lui, h'ah !  C'est ça, le sang.  Ça bouille et ça vous fait suivre les pas de votre père.  Ça démange, ça hurle !

Les bagarres se multiplièrent.  Les vols aussi.  Les ennuis lui couraient à la peau et s'accrochaient sans relâche.  Parmi le lot, quelques vieux loups de mers s'inventèrent tantôt mentors, tantôt confidents et tantôt figures paternelles.  Les méthodes de navigations, les façons les plus efficaces de mettre un homme au sol, la tolérance à l'alcool, tout y passa.  Le visage quotidiennement barbouillé d'ecchymoses ou la chemise en sang, Sawyer apprenait les ficelles du métier de son père.

— Il faut partir, Charlie.  Je me fais trop vieille pour le quartier, franchement.  J'y arrive plus.
— Et s'il revenait ?  Il tomberait sur une maison vide ?
— Après dix ans, il passera pas le pas de la porte. Je lui mettrai mon pied au cul bien avant !

Il n'eut pas davantage d'arguments :  à quelque part, il y avait cette soif de quitter le nid, de s'envoler, de se croire prêt.  Malgré tout, sur la porte un message trônait à présent. Il était écrit par de la chaux et on pouvait lire "À MENOCH".  Déjà qu'il y avait peu de chance que le principal concerné revienne, ne l'ayant pas fait depuis une dizaine d'année, il y avait également toute une possibilité que les prochains propriétaires décident de refaire la peinture.  Mais bon. C'est l'effort qui compte, non ?
Partie III : La tempête
Une main arracha l'affiche de recherche du mur du port, l'observant d'une tête anglée avec curiosité.  Au bout de ses lèvres, un petit sourire qui s'ourla avant qu'un rire, mélange de fierté et d'admiration, ne s'échappe de sa gorge.  Enfonçant son bandeau sur sa tête, remontant son collet bien haut, l'affiche fut pliée puis rangée dans une des multiples poches du Sawyer.

— Vous faites parler de vous partout, père, dites donc...!
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Francis Sawyer, Ansgar

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MessageSujet: Re: La Longue Agonie [Ouvert, sur demande]   Mar 1 Déc - 22:16

CHAPITRE TROIS


Le pacte



An 794. Dans sa cabine de la Longue Agonie, le capitaine Sawyer était étendu dans son lit. Il avait cet air de majesté qui ne le quittait jamais, même en dormant. Son sommeil, cependant, était trahi de nombreux soubresauts, seuls signes visible d'un rêve déterminant qu'il était en train de faire.

Il était debout, seul sur le pont de son navire. L'air était chaud. La Longue Agonie flottait dans les nuages d'un ciel pourpre, le temps paraissait suspendu, et le navire qui d'ordinaire était si bruyant était à présent baigné dans un silence assourdissant. Une forme humanoïde se dessinait lentement dans les nuages à bâbord, et s'en détacha lentement, se matérialisant presque, mais demeurant toutefois irréelle.

La forme fantomatique marchait à présent d'un pas léger sur le pont, et s'avançait à la hauteur du capitaine. Ils ne se saluèrent pas, ne se présentèrent pas. C'était inutile, ils se connaissaient tous deux trop bien. Ils se jaugèrent près d'une minute dans le silence le plus complet. Frank Sawyer était à son meilleur, son sourire en moins. Il avait ses vêtements propres, ajustés et flamboyants. Le fantôme, quant à lui, était indéchiffrable. Il s'était accordé un visage, mais il ne semblait pas avoir de traits particuliers. Si ce n'est qu'il souriait, lui. Le même sourire que l'usuel de Sawyer, supérieur, complaisant, vaniteux. Une caricature amplifiée de l'original.

- Xunil...

En entendant son nom, le démon de l'avidité s'inclina avec un zèle calqué sur les manières même de Sawyer.

- Capitaine.

La voix du démon était froide et grinçante, aussi irréelle que ce monde imaginaire, mais contrastant avec la douce chaleur qui y était omniprésente. Il poursuivit sur le même ton austère :

- Vous vous débrouillez, depuis la dernière décennie... La Longue Agonie a un certain renom, et vous avec elle... Quoi qu'il y ait place à l'amélioration...

Sawyer écoutait avec intérêt, laissant le démon dévoiler son jeu d'abord. Celui-ci continua :

- Je suis venu à toi pour te faire une offre.
- Je t'écoute.

Le sourire iconique de Sawyer qui flottait sur les lèvres de l'esprit s'agrandit.

- Je te propose la gloire, le succès, la richesse et le renom, au-delà de toutes aspirations, au-delà de tout ce qui a été vu auparavant. Tu croiseras des navires au vendre bien garni, et ton équipage t'adorera. Tu ne connaitras plus la famine, et vivra dans l'abondance et l'opulence... Mais...

L'esprit s'arrêta, détaillant de ses mires indéchiffrables l'intérêt qui croissait et qui devenait palpable sur le visage du capitaine. Il aurait pu dire ce qu'il voulait en contrepartie, il l'aurait obtenu. Il termina sa phrase :

- Mais tu devras toujours hisser le pavillon rouge. Tu ne devras jamais faire de quartiers.

Toujours obnubilé par la promesse faite par Xunil, Sawyer acquiesça sans penser plus avant.

- J'aurai besoin, poursuivit Xunil, d'une goutte de ton sang pour sceller notre pacte.

Le capitaine tendit la main, et Xunil tira une dague. D'un geste précis, il lui entailla l'index, et laissa quelques gouttes de sang ruisseler sur l'arme, avant de la ramener à lui.

- Gloire et richesse, mais n'oublie pas, capitaine Sawyer... Pas de quartiers... Jamais.

Sawyer se réveilla, confus, mais exalté. Il regarda la pièce autour de lui : tout était revenu à la normal. Il quitta son lit pour aller à son bureau. Son perpétuel sourire avait retrouvé sa place, tandis qu'il fouillait dans une pile de cartes, éclairé de plusieurs chandelles. Il s'arrêta, soulevant sa main : il tachait les cartes de petites gouttes écarlates. Il observa sa main et ferma les yeux après avoir vu son index écorché. Une nouvelle ère commençait. L'ère serait calquée sur la trainée de sang qu'il avait laissée sur ses cartes...


***


Le lendemain, alors qu'il prenait son petit déjeuner dans sa cabine avec les rares membres de l'équipage qui y avaient leurs accès, il leur fit la confidence de l'étrange rêve de la veille.

- Xunil? Putain, Cap'! T'es sûr de c'que tu dis? Lança d'un ton mi-étonné, mi-admiratif le quartier-maître.
- Enguerrand, est-ce que j'ai pour habitude d'inventer des conneries, juste pour mon bon plaisir?

La réponse donnée par le capitaine paru convenir aux deux autres convives.

Enguerrand Bellicosus était le quartier-maître de la Longue Agonie. Il était le bras droit du capitaine, son meilleur allié et son confident. Il était noir de poil et clair de peau, très grand et outrancièrement musclé, signe caractéristique des Eodhs. C'était un homme pratique et efficace qui faisait ce qui devait être fait.

Face à lui se trouvait Kurt Bellum, le navigateur. Celui-ci avait écouté le récit du pacte en silence, puis après une bonne rasade de rhum, il se leva.

- Quand même, pas d'quartier, capitaine... Vous avez les reins drôlement solides pour avoir accepté.
- Remets-tu ma place en doute, Kurt?
- Non.
- La tienne, alors?
- Non.
- Alors tout est dit?
- Oui.

Et le navigateur retourna à la barre, laissant seul le capitaine et le quartier-maître.

- C'est le début d'une formidable aventure, Enguerrand. J'espère que tu as de grandes poches, parce que j'ai véritablement l'intention de dévaliser le monde!

Et ils trinquèrent ensemble.


***


Trois années passèrent, trois années formidables pour la piraterie. Ce que Xunil avait promis s'était réalisé. Sawyer était flamboyant, en parfait contrôle de sa personne, de son équipage et de sa vie. Rien ne lui échouait, et pour le commun des mortels, semblait avoir la meilleure chance du monde. Ses assauts, toujours couronnés de succès, portaient sur des navires marchands toujours remplis de richesses, de nourriture, de rhum et d'autres boissons enivrantes.

Sa réputation n'était plus à faire : il devait être le pirate le plus craint au monde, et avec raison. Ces trois dernières années, sa fulgurante ascension s'était faite dans une trainée de sang. Il était à présent reconnu pour ne laisser aucuns survivants.

Il était dans l'âge d'or de sa carrière, et il le savait. Il dépensait sans compter en logements luxueux sur la terre, dans toutes les villes où il s'arrêtait. Il mangeait copieusement et en riche gourmet, et buvait beaucoup et souvent. De plus en plus souvent.

Il avait également d'innombrables et coûteuses maîtresses. Et il y avait elle. De toutes les femmes qui étaient entrées dans sa vie, aucune n'avait réellement réussi à y rester. Mais elle était différente. Elle lui ressemblait tellement...

Charlotte était sa fille, à peine âgée de cinq ans. Elle était déjà rusée, astucieuse et pleine de vie. Si ce n'eut été d'elle, il y a bien longtemps qu'il n'entretiendrait plus sa mère. Il ne la voyait que brièvement lorsqu'il passait à la Baie-aux-Requins, sept ou huit fois par années. Chaque fois, il lui promettait que la prochaine serait plus tôt, serait plus longue... Et il se promettait à lui-même qu'il l'amènerait ailleurs. La Baie n'était pas une place pour une fillette.

Mais le coeur cupide et avide de Sawyer le poussait toujours rapidement à repartir. Il avait beaucoup, mais voulait toujours plus.

Mais toutes les richesses du monde ne lui suffisait plus. Il sentait un vide en lui que les pillages, les richesses, les festins et le sexe ne parvenaient pas à combler. Il parvenait à l'estomper, à le dissimuler au fond d'une bouteille.
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Francis Sawyer, Ansgar

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MessageSujet: Re: La Longue Agonie [Ouvert, sur demande]   Jeu 3 Déc - 13:00

CHAPITRE QUATRE

La Tempête

An 799. La fumée des canons masquait à peu près la Longue Agonie, la rendant presque impossible à déceler aux yeux du navire marchand, connu sous le nom du Pharaon, qui s'était aventuré avec une témérité outrancière sur les eaux reconnues pour être celles de Frank Sawyer. Le premier avait pris le second en chasse, et par son poids plus léger, et par ses voiles conçues pour la vitesse et l'abordage, rattrapa le second sans problèmes. Dès que le Pharaon fut à portée de canons, le drapeau rouge de la Longue Agonie fut hissé, comme de coutume, et on commença l'assaut.

Trois volées succinctes suffirent pour ralentir considérablement le lourd navire, la première slave le touchant sévèrement à la proue, emportant au fond de la mer la splendide décoration qui faisait la fierté du Pharaon. La seconde toucha le flanc bâbord, et la troisième et dernière cassa net le mat central, rendant la fuite, déjà précaire, complètement impossible. Bientôt, les grappins vinrent se planter dans la rempart bâbord, dépourvue de ses défenses. La Longue Agonie, plus basse que son adversaire, lui livrait une rixe sans merci ; les lanciers du pont du navire pirate dissuadaient tout individu assiégé de sauter sur leur pont, tandis que les tueurs aux sabres et aux coutelas montaient déjà aux cordes qu'ils venaient de lancer.

D'un pas assuré, son tricorne sur la tête et son sabre à la main, le capitaine Sawyer apparaissait comme une vision funeste à travers la fumée. Il s'arrêta sur le pont du Pharaon, ses hommes derrière lui attendant ses ordres. Il détailla ses victimes d'un regard circulaire : la majorité étaient des hommes, plusieurs elfes, mais il y avait çà et là quelques femmes et deux enfants. Visiblement, outre deux gardes nerveux et mal à l'aise, aucun des autres passagers n'était rompu aux armes. Sawyer observa les deux enfants, son iconique sourire s'estompant peu à peu.

- Alors, Cap'? Demanda le quartier-maître au nom de l'équipage. On se les fait?

Sawyer prit une grande inspiration, puis tourna la tête de côté pour donner ses ordres.

- Prenez tout ce qui peut avoir de la valeur, et laissez-les vivre, tous! Lança-t-il à son équipage. Puis, se tournant vers les deux soldats du Pharaon : à moins que ceux-là vous causent problème, auquel cas, gavez-les d'acier séance tenante.
- Cap! On peut pas... Débattait le quartier-maître, t'oublies le pacte, t'oublies...
- T'oublies ta place, fiston, répondit le capitaine d'un ton implacable.
- Ah, bordel, Frank! On doit les buter, on est obligés et tu le sais aussi bien que moi!
- Pas d'enfants, plus d'enfants, jamais...
- Il le faut! J'ai pas envie de tout perdre pour ta conscience à deux balles!
- Non, c'est un ordre.
- Ordre, mon cul!

Et Enguerrand, sa désormais célèbre massue entre les mains, s'avança sur le pont. Il n'était qu'à quelques pas des passagers du Pharaon quand une détonation assourdissante se fit entendre, faisant tomber le quartier-maître dans un râle plaintif de douleur, la jambe droite ensanglantée. Sawyer retournait le pistolet encore fumant à ses fontes, puis s'approcha de l'équipage du Pharaon, un air sévère au visage.

- Souvenez-vous de ce jour comme étant la chance de votre vie. Nous vous laisserons de la nourriture pour cinq jours, vous ne manquerez pas d'être secourus d'ici-là. Soignez cet homme, et ramenez-le sur la terre, qu'importe où cette terre se trouvera.

Après un dernier regard lancé aux graciés, puis un coup d'oeil vers son ami qu'il abandonnait, Sawyer retourna à bord du Sloop avec le reste de son équipage et de son butin. Ils décrochèrent les cordes d'abordages, et deux minutes plus tard, ne furent plus qu'un point rapetissant sans cesse pour les passages du Pharaon.

***

Malgré que le capitaine ait demandé à ne pas être dérangé, Kurt Bellum frappa à la porte de sa cabine.

- Entre... Lança Sawyer d'un ton las.

Le navigateur entra, puis referma derrière lui. La salle était faiblement éclairée, les volets de l'imposante fenêtre étaient fermés, et quelques bougies permettaient de voir, sans plus. Frank Sawyer était assis dans son fauteuil aux larges accoudoirs, les pieds posés sur son bureau de travail et les mains jointes derrière sa tête nue. Son chapeau était posé sur son lit, tout près.

- Capitaine, disait Kurt faiblement en s'avançant, incertain de l'approche à adopter, l'équipage se pose des questions...

Sawyer observait le navigateur en silence. Celui-ci repris, visiblement mal à l'aise.

- Je veux dire... Enfin... C'est pas votre genre, de laisser des survivants, et l'histoire de Xunil, je veux dire... Eux ils ne savent pas, mais moi, moi je sais... Et Enguerrand... Vous l'avez abandonné, c'était le quartier-maître...

Le capitaine fronça les sourcils. Il conserva son mutisme encore un peu, l'air pensif, puis il se leva. Il se défit de son sabre et de ses pistolets, qu'il posa sur le fauteuil qu'il venait de quitter. Après une bonne inspiration, il revint au navigateur qui se tortillait d'appréhension.

- Kurt, tu officieras en qualité de quartier-maître jusqu'à notre retour à la Baie-aux-Requins. Je prends ma retraite, j'ai déjà quarante-deux ans et je suis trop vieux pour tout ça. Ramène-moi là-bas, et je te donne la Longue Agonie.

Kurt Bellum écarquilla les yeux, puis ragaillardit par l'annonce et ses implications, il se retourna et sortit de la cabine d'un pas vif. Jamais Sawyer n'aurait donné la Longue Agonie à ce pleutre sans aspirations, mais Bellum ne le saurait jamais. Il se dirigea vers un petit dresseur dans le coin de sa cabine d'où il tira une bouteille ambrée. Il soupira, puis emplit un verre, puis un second, puis un troisième, tous avalés d'une courte traite suivie d'une grimace. Il se dirigea vers son lit.

Sawyer y dégagea son tricorne pour le poser avec ses armes, retira ses bottes et se laissa tomber dans sa couche. Il était à peine quinze heures, et déjà il était ivre mort.

***

Ce même soir, un orage imprévu se leva à une vitesse déconcertante. Bellum était à la barre et manœuvrait avec toute la difficulté du monde. On n'y voyait rien, et les vagues rendaient le gouvernail désuet. Sans parler des lames de la mer, vagues traitresses et menaçantes, qui pourraient casser la Longue Agonie en deux.

Les voiles avaient déjà été ramenées et solidement attachées, initiative de Bellum. Il tentait à présent de garder le cap, et criait aux hommes de se cramponner à tout ce qu'ils pouvaient.

La tempête était sans pitié, et les hautes vagues lavaient le pont avec une cadence sans précédent, emmenant régulièrement un marin avec elles. Les hommes étaient peu enclin à suivre les ordres du nouveau quartier-maître, et ce dernier se sentait de moins en moins en moyen d'en prodiguer de nouveaux.

Sawyer, réveillé par l'agitation, se précipita sur le pont à la hâte, nu pieds, sans chapeau et sans armes. Il monta l'escalier à côté de la porte de sa cabine et arriva face à Bellum, au même moment où une vague secoua férocement la Longue Agonie, faisant perdre pied à son capitaine.

CHAPITRE CINQ

Le Chien

Une douce vague chaude caressait la joue de Sawyer à une fréquence régulière. Il ouvrit les yeux ; il faisait beau. Il se leva lentement, le côté gauche du visage ensablé. Il était sur une plage et n'avait, pour toutes possessions, qu'une chemise et un pantalon trempés. Il regarda la mer avec l'espoir de voir les deux mats caractéristique de la Longue Agonie, mais rien. Rien à l'horizon, que la mer qui s'étendait à perte de vue.

Était-ce la malédiction de Xunil, l'envers du pacte? Ou n'était-ce là que la pire des malchances? La coïncidence était difficile à avaler.

Il s'établit rapidement un campement de fortune sur la plage, se résumant en un appentis en branches et en lianes et un feu qu'il entretenait. Il réalisa rapidement que l'île sur laquelle il se trouvait était relativement petite, mais généreuse en gibiers. Un point d'eau près de sa plage était potable, et il parvint à vivre, sinon confortablement, sans trop manquer de rien.

Il s'était établit une petite routine, plaçant des collets à des endroits stratégiques, pêchant à la lance grossière dans une petite crique, emplissant d'eau des bouteilles qu'il avait eu la chance de trouver vides sur la plage, ramenées par le courant.

Un matin, il sentit un objet froid se poser sur sa tempe, puis avant qu'il n'ait le temps d'ouvrir les yeux, entendit le son caractéristique d'un pistolet qu'on armait.

- Pas un geste, ordure, ou je fais voir la lumière du jour à ta cervelle.

La voix était autoritaire, et les paroles étaient bien prononcées, trop bien pour venir d'un vulgaire pirate ou pillard. Sawyer ouvrit lentement les yeux, suivant les consignes données et demeurait parfaitement immobile. Le soleil était aveuglant, et le visage de l'agresseur se dessinait lentement aux yeux de l'endormi.

Celui qui tenait le pistolet était vêtu d'un tabard religieux flanqué sur son armure. Il avait les cheveux longs, sales et gras. Son visage était marqué par les privations et couvert d'une barbe négligée. Sawyer observa autour de lui, et réalisa rapidement que l'homme au pistolet n'était pas seul. À peu près une demi-douzaine de ses compagnons étaient tout autour, tous aux mêmes couleurs de religion. Les yeux de Sawyer revinrent à celui qui le tenait en joue.

- Tu pues la charogne à des lieux à la ronde. Donne-moi une raison de pas te tuer...

Sawyer soutint le regard de son antagoniste, puis sentant l'arme de plus en plus pressante sur sa tempe, laissa filer entre ses dents :

- Je suis un officier de la Longue Agonie... Le capitaine Sawyer paiera cher pour me ravoir...

Le templier observa ses collègues, et tous semblèrent acquiescer à sa question silencieuse. Il revint à Sawyer.

- Ton nom?
- Hugo Dumas! Lança Sawyer du tac au tac, ayant déjà utilisé ce nom lorsqu'il voulait passer un peu plus inaperçu.
- Eh bien, Hugo Dumas, je t'arrête au nom du Très Saint Pope pour piraterie et pour avoir tenté de soudoyer un membre du Culte.

Il lui passa les fers, et l'amena à sa chaloupe. Il fut bientôt mit dans la sainte cale de la frégate avec d'autres captifs qu'il ne connaissait pas.

***

À travers les barreaux du coche, il reconnut Valacirca. Il se maudissait d'avoir dit le nom de la Longue Agonie, à présent, il serait probablement pendu en place publique, sous un pseudonyme... Il aurait bien mieux fait de cracher au visage du templier et de s'être fait brûler la cervelle. Au moins, il n'aurait pas eu à endurer les privations extrême du long voyage jusqu'ici, et celles à venir à Valacirca.

On le jeta dans un cachot spartiate, avec un peu de paille dans un coin en lieu de couche, et avec des rats comme compagnons de cellule. Comme il l'avait prévu, on le nourrissait mal, au mieux d'un bouillon tiède et d'un quignon de pain rassis, et d'un petit gobelet d'eau. S'il était chanceux, il obtenait ces traitements deux fois par jour. Mais la moyenne était d'une fois, et parfois il était forcé au jeûne.

La porte de sa cellule était d'un métal plein, avec deux petites trappes. L'une à la hauteur des yeux, que les gardes ouvraient pour l'observer de temps à autres, et la seconde au sol, où l'on glissait sa pitance. Le mur d'en face était pourvu d'une petite fenêtre étriquée, haute d'à peu près huit pieds, tout près du plafond, et était fermée de barreaux solides.

Sawyer donnait libre cours à ses pensées, généralement dirigées vers son navire, son passé, sa gloire et ses richesses... Et à l'occasion, vers Charlotte, sa fille. Elle avait sept ans la dernière fois qu'il l'avait vue... Combien de temps avait-il passé dans cette cellule? Quelques mois? Un an, peut-être? Il n'avait jamais passé autant de temps sans voir sa fille.

La trappe du haut de la porte s'ouvrit, et deux yeux sévères fixèrent le prisonnier. Sawyer était allongé dans sa couche de fortune, les mains derrière le crâne et les jambes croisées. La trappe se referma d'un geste sec, puis la porte du cachot s'ouvrit. Deux hommes en armes entrèrent et vinrent presser le prisonnier de la pointe de leurs épées nues. Celui-ci demeura immobile dégageant ses mains d'où elles étaient pour les montrer vides et inoffensives. Un troisième homme entra, mais resta en retrait.

L'un des gardes donna un coup de pied aux côtes de Sawyer.

-On salut son éminence avec respect, vaurien!

Les yeux de Sawyer détaillèrent le nouveau venu, et avant qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit, le garde lui flanqua un second coup, plus fort cette fois.

- J'ai dit...
- Mes respects, votre éminence... Laissa entendre Sawyer, les dents serrées par la douleur vive.

Le Cardinal s'avança, son visage sévère étant à présent complètement éclairé par la petite fenêtre.

- Monsieur Dumas, disait-il avec dédain, l'on m'a dit qui vous étiez. Un pirate... On aurait du vous tuer sur le champs. Mais... Par un revers de fortune, vous vous dites être officier de la Longue Agonie, sous les ordres du capitaine Frank Sawyer... C'est juste?
- Oui, Monseigneur est bien informé.

Le cardinal sourit, puis poursuivit :

- Tu as une chance de sauver ta vie, pirate. Renie les tiens et tes anciennes attache et embrasse le Culte. On fera ton éducation, en échange de laquelle tu nous aideras à retrouver les tiens... Tu rejoindras les Chiens de Kordaken. Tu devras te plier à la moindre de mes volontés, sans quoi, tu seras exécuté. Mais, ne t'y trompe pas, le même sort t'attend si tu déclines mon offre. Alors?

Sawyer sembla réfléchir, mais le garde qui le pressait tout à l'heure fit accélérer sa décision en levant le pied pour le frapper à nouveau. Avant le coup, Sawyer accepta.

Le Cardinal sortit, puis les gardes escortèrent Sawyer vers une autre aile des geôles. On lui assigna une nouvelle cellule. Celle-ci était un peu plus grande et éclairée, possédait un lit au matelas mince et sans draps ni oreiller, et un petit pupitre muni d'un banc.

Il comprit rapidement en quoi l'"Éducation" du Cardinal consistait : À tous les jours, on l'escortait à une messe où lui et d'autres Chiens devaient écouter avec déférence le lavage de cerveau qu'on leur faisait.

La nourriture n'était pas meilleure, mais était plus régulière et le pain, quoique encore sec, était moins vieux et servi deux fois par jours.

Une fois par semaine, on lui servait sa ration de fouet. C'était, comme le Cardinal le disait, pour lui purifier l'esprit...

Peut-être aurait-il mieux fallu que ce matin-là, sur sa plage, le templier lui brûle la cervelle.
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Francis Sawyer, Ansgar

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MessageSujet: Re: La Longue Agonie [Ouvert, sur demande]   Mar 2 Fév - 2:34

CHAPITRE SEPT


Le Chien battu


Après une dizaine d'années de servitude, de ré-éducation, de purification d'esprit et, surtout, de réclusion, Frank Sawyer se vit remettre du Cardinal ce qui représentait sa liberté, son renouveau : une fiole du blanc le plus pur. Avec celle-ci, les recommandations du cardinales :

- Monsieur Dumas, votre dette envers la société est payée. Buvez, et l'âme purifiée, puissiez-vous trouver votre place dans le monde. Partez, vous êtes libre à présent.

Libre, mais libre de quoi?

À la première occasion, et l'occasion se présenta bien assez tôt, il retourna à la Baie-aux-Requins. Il fit le voyage sous son nom d'emprunt qui était à peu près devenu le sien. Arrivé là-bas, il se surpris de constater que la ville et ses habitants avaient changés. Lui qui ne pouvait faire deux pas sans être intercepté dix ans plus tôt, se mêlait à présent parfaitement dans la masse.

Lui reconnut bien cinq ou six visages, mais personne ne vint le voir, et il n'entendit aucun "Cap'tain Sawyer!". C'était sans doute une bonne chose. Peut-être allait-il réellement avoir une nouvelle vie?

Le coup le plus dur qu'il reçut fut l'absence de sa fille, et la note laissée. Au moins, il y avait une note. À Menoch.


***


Il mit pied sur le quai de Menoch deux jours plus tard. Là encore, des nouveaux visages qui ne se souciaient pas le moins du monde de sa présence. Il sourit à la vue d'un avis de recherche au portrait flatteur qui datait du temps où ses cheveux avaient encore une pigmentation foncée, et où son visage n'était pas mangé par l'épaisse barbe blanche qui le recouvrait à présent. Physiquement, il était un tout autre homme.

Mais toutes les différences du monde n'empêchèrent pas une rencontre fortuite et destinée à se produire. Alors qu'il était assis sur les quais, la tête pleines de réflexions sur sa vie à venir, on l'apostropha :

- Hé, l'vieux! J'te connais...

Il leva les yeux. Longtemps. Devant lui se trouvait un colosse. Il le reconnut avant d'en arriver à la tête, la silhouette du Dentiste ne pouvait être oubliée. Surtout si, dix ans plutôt, vous aviez mis du plomb dans la jambe de cette dite silhouette.

- Reste calme, Enguerrand...

Les paroles de Sawyer étaient accompagnées d'un poignard, qu'il tenait visible dans une main qu'il gardait près de lui. Le dentiste lui répondit avec un sourire sadique, sa grosse masse déjà en main.

- Un p'tit couteau! HA! T'as pas d'pistolet, cette fois. T'es un homme mort, Frank Sawyer!

Et il prenait son élan. Juste au moment où trois Mélophores tournaient le coin, tout harnachés. Enguerrand arrêta son mouvement net. Les Mélophores ne semblaient pas avoir surpris l'action, ou s'ils l'avaient surpris, ne semblaient pas s'en soucier. Après tout, jusqu'ici, il n'y avait pas eu de blessé, pas de mort, pas de veuve.

Sawyer profita de l'occasion, du calme imposé à Enguerrand pour lui parler rapidement, et à voix très basse.

- Écoute, t'as toutes les raisons du monde de vouloir me tuer, mais penses-y... Sans cette balle, tu serais encore sur la Longue Agonie. Sans cette balle, tu serais mort.

- Va chier, Sawyer! Tu vas pas m'faire croire que t'as fait ça pour mon bien! T'essaies encore de pisser en l'air pour m'faire croire qu'il pleut, sauf que j'ai fini de te croire!

- Shhh, pas si fort. Déjà, appelle-moi Dumas. Et après, même si tu me tues, ça va pas t'avancer. T'es coincé ici, t'as pas de navire, pas d'équipage, et d'après ce que je sens, même pas de savon. Alors demande-toi si t'as plus de chances de t'en sortir avec ou sans moi.

Le visage d'Enguerrand se fronça et se détendit. Il semblait perplexe.

- Pourquoi tu changes de nom, demandait le géant en rangeant sa masse, tu quittes le métier? Tu prends ta r'traite?

- Je ne sais pas, Enguerrand...

- Appelle-moi Bellic. Le nom d'Enguerrand m'attirait trop d'problèmes et était barré à trop d'tavernes.

Ils continuèrent de discuter. Le premier semblait avoir convaincu le second de ne pas le tuer, et le second avait, sans le savoir, rallumé une lueur éteinte depuis longtemps dans l'esprit de Sawyer.
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Fröyen, Ansgar

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MessageSujet: Re: La Longue Agonie [Ouvert, sur demande]   Jeu 4 Fév - 19:01

CHAPITRE HUIT




Jeune, Blonde, et Innocente



« Une langue de porc, des racines de mandragores et trois morceaux de charbon. »
« Une langue de porc, des racines de mandragores et trois morceaux de charbon. »
« Une langue de porc, des racines de mandragores et trois morceaux de charbon. »


La jeune blonde ne cessait de se le répéter depuis son départ, quelques minutes plus tôt. Et puis ce fut le silence. Une vague irrégulière avait attiré son attention avant qu’elle n’arrive à destination, contre la berge. Et puis il y avait cette oiseau, cette albatros qui c’était poser sur un pieu du quai. Comme il était élégant avec ses petites ailes blanches et noires à défier ainsi les forts vents de cette journée d’automne.  Elle était là, au bout du quai, au milieu des passants à fixer l’oiseau. Ce n’est qu’une dizaine de minutes plus tard qu’elle détourna enfin les yeux lorsqu’un homme un peu trop pressé l’accrocha.

« Ah zut, qu’est-ce qu’elle voulait déjà ? »

La mine légèrement abattu de n’avoir pu accomplir sa mission, elle rebroussa chemin tout en farfouillant sa mémoire.

« Un porc saignant, des abricots et trois cerfs-volants. Non…  Trois porcs, de la liqueur de grog et des feuilles de salades ! Ah non. Trois…»


L’adolescente s’arrêta devant la taverne non pas que les combats habituels entre ivrognes la dérangeaient. C’était plutôt cette étrange tâche qui s’était formé au-dessus de la porte. On aurait dit une croute de sang séchée de la grosseur de son pouce. Le tout semblait former un trident. Non plutôt une chaloupe avec des rames. À moins que ce soit un chapeau de pirate. Dur à dire et elle avait bien tenté de voir de plus près, sur la pointe des pieds devant l’entré mais il n’y avait rien à y faire : c’était indéchiffrable. Elle ne pouvait faire autrement que d’en conclure qu’il s’agissait là d’un signe divin. Elle devait y entrer et savoir de quoi il était question.

Ses grands yeux bleus observaient tranquillement  la taverne crasseuse, la bouche légèrement entre-ouverte pour davantage de concentration.  Elle traversait lentement la pièce pendant qu’à sa droite  une table se brisait sous le poids de l’homme qui y fut projeté et qu’à sa gauche, un rouquin bien joufflu avait perdu connaissance tant il était ivre. C’était tout au fond de la pièce que quelque chose attirait son attention. Dans l’obscurité se trouvait une tablée désintéressée de toute cette cacophonie habituelle et c’était bien ça qui était curieux. Depuis quand les pirates n’aiment pas la bagarre ? C’était un grand colosse qui faisait face à un vieil homme et qui discutait plus calmement, comme si chaque mot était pesé. Ces traits, ce regard et se grand gaillard. Cela lui rappelait quelque chose. Mais pourquoi cette tâche de sang ? À moins que..  bien entendu ! C’était le Pharaon !

Les images se bousculèrent dans sa tête alors qu’elle se remémorait cette fameuse journée sur le Pharaon où sa vie avait été épargnée par le Capitaine Sawyer. C’était lui, il n’y avait aucun doute. De toute façon, les signes l’ont dit.


« T’as besoin d’aide, la p’tite ?»

Ses yeux s’agrandirent un peu plus visiblement prise au dépourvu ; on lui parlait. Ce n’est pas parce qu’elle était là, à les fixer depuis une dizaine de minutes, qu’elle voulait nécessairement quelque chose. Mais elle voulait quelque chose. Elle s’avança alors lentement vers la table tout en retirant la courroie de son épaule à laquelle était attaché un petit sac.

« Je peux peut-être vous aider..»

« Pfffa ! Nous aider ?! Est bien bonne celle-là !»

Le plus gros étouffait un rire gras après s’être exclamé mais elle n’y porta pas plus attention, dégageant un peu le dessus de la table devant ‘’Dumas’’. Elle ouvra le petit sac et étendit un peu de son contenu.

« Qu’est-ce tu veux qu’on fasse de ton sable ?!»
S’exclamait-il de nouveau, toujours en rigolant alors que le plus vieux commençait à être intrigué.

« C’est de la poussière de coquillage.»

Le visage de la jeune fille ne semblait démontrer aucune peur ni joie. Elle avait le nez un peu retroussé alors qu’elle se concentrait à faire quelques traits dans la poussière avec un bout de paille. Puis elle ferma les yeux et accéléra le mouvement de traits qui donnait l’impression d’avoir une sculpture dans le bois tant la poussière formait des motifs précis. Elle ouvrit les yeux une fois terminé et regardait la stupeur sur les visages des deux acolytes qui avait tôt fait de reconnaitre le bateau à deux mats. Elle souffla ensuite doucement sur la table donnant d’abord l’impression que le navire attaquait une vague avant de se désintégrer peu à peu et disparaitre.

«Si cela vous intéresses, aller au bout du quai Nord, à l’aube, rejoindre Yasmine, la liseuse de bon aventure. Vous connaissez h’M ? Offrez-lui trois pièces.»

Elle passa à son épaule son petit sac et tourna lentement les talons, faisant maladroitement trainer sa longue chevelure blonde sur la table et dans les verres à bières. Tout en s’éloignant, elle avait un petit rire niait et innocent ; caractéristique qui marquait souvent son jeune minois.

Elle rentra à l’Orphelinat où elle séjourne et l’attendait la grosse cuisinière.


«Alors, t'as ramené ma langue de porc, mes racines de mandragores et mes trois morceaux de charbon ?»

Merde.
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La Longue Agonie [Ouvert, sur demande]
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